Le bourreau de Maidstone le retour

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Le Bourreau de Maidstone part II

« ... Nous vivons tous avec nos démons intérieurs. Le mien s’appelle Nick Richter. Mais il y a aussi les autres démons, ceux qui jouent avec les lumières et donnent vie aux ombres... »

Samedi 14 février 1972

« ... Edition spéciale ! Demandez le Maidstone News ! Le Bourreau de Maidstone est de retour ! Demandez le Maidstone News... »

Ce vendredi 13 février 1972 n’était pas un jour comme les autres. Tout d’abord parce que c’était un vendredi 13, et ensuite parce que c’est le jour où le commissaire Derwin m’appela à mon bureau, pour me dire qu’un meurtre venait d’avoir lieu, identique à ceux qui avaient été commis par Jack Faller, l’assassin qui défraya la chronique entre 1967 et 1969, plus connu sous le nom du «bourreau de Maidstone » .
Le corps avait été découvert à 7 heures du matin dans le champs d’un agriculteur situé à quelques kilomètres de là. Jennifer Ghost put être identifiée grâce à sa dentition, car la malheureuse avait été défigurée. Son visage était rongé par le vitriol. La signature du bourreau de Maidstone était presque celle que je connaissais, si ce n’est que cette fois l’assassin avait cousu les yeux et la bouche de la victime. La seule chose que l’on ait su d’elle et de son passé, c’est qu’elle avait été internée pendant quatre ans à l’hôpital psychiatrique de Wexford en Irlande, où elle était suivie pour troubles mentaux.
Un important dispositif policier fut mis en oeuvre pour intimider l’assassin. Mon épouse Rose Mayer me retrouva au commissariat pour s’entretenir avec Derwin.
C’est elle qui entama la discussion.
« Avant toute chose commissaire, ne tirons pas de conclusion hâtive. D’après les photos que j’ai pu comparer avec celles des meurtres précédents, il existe une indéniable similitude dans la manière de procéder, mais rien ne prouve qu’il s’agisse d’un seul et même assassin. Que savez-vous d’elle ?
- Pour l’heure, nous avons appris qu’elle s’appelait Jennifer Ghost et qu’elle avait effectué un séjour en hôpital psychiatrique. Toute sa famille a disparu, à l’exception d’une lointaine tante qui vit ici, et qui l’hébergeait jusqu'hier. Une équipe est partie à l’hôpital de Wexford et j’attends le compte rendu de l’enquête. Le lieutenant Miller est allé chez la tante pour lui annoncer la nouvelle ; il ne devrait pas tarder à revenir. Mais il y a un autre détail : comme auparavant, un mot a été trouvé sur le corps de la jeune femme, écrit avec son sang :« Les ombres ne meurent jamais. »
Ah ! J’oubliais… L’analyse sanguine a révélé qu’elle prenait des antidépresseurs en quantité importante. Je vais faire mon enquête pour connaître l’identité du médecin qui la suivait ici. »
Nous prîmes congé du commissaire, et Rose partit chercher notre fille Samantha à la crèche. Pour ma part, je retournai au journal pour reprendre le dossier de Jack Faller, avant le vernissage du célèbre peintre Paulo Valez, qui était prévu dans la salle des fêtes de Maidstone.

Le soir de la réception

« Alors Eroll, on vient admirer le talent de Paulo Valez ?
- Oui commissaire, nous allons lui consacrer une page pour demain matin. C’est un peintre fabuleux, et à en juger par le public venu nombreux, cette soirée sera une réussite.
- Mais où est Rose, elle n’est pas avec vous ?
- Heu… Elle arrivera un peu plus tard.
- Oh… Ca ne va pas, vous… Que se passe-t-il ?
- C’est un peu gênant d’en parler…
- Vous savez que j’ai une profonde estime pour vous, et si vous avez un problème vous pouvez m’en parler.
- Eh bien, c’est Rose, ou plutôt notre couple. Je pensais que c’était passager mais rien n’y fait. Je lui reproche de trop se consacrer à son cabinet et à ses patients, elle rentre tard, fatiguée et irritable. Cela dure depuis un an, ce n’est plus supportable. J’ai demandé le divorce.
- Excusez-moi… Je ne savais pas.
- Vous n’y êtes pour rien. Pour le moment, nous faisons chambre à part, pour la petite, vous comprenez… Elle cherche un appartement près de son cabinet.»

Plus tard dans la soirée.

« Hips !… Ben vous gênez pas… hips ! Marchez-moi sur l’pied, j’vous dirai rien ! Et en plus vous avez renversé mon hips !…bourbon… Oh ! Mais dites-moi… J’vous connais, vous… Si, si… Moi j’vous dis que j’vous connais !… Vous travaillez pas dans une pharmacie ?… àAmoins que ce soit hips ! Dans une boulangerie… Ha ! Ha ! Non… J’rigole hips !… Pourquoi vous m’répondez pas quand j’vous cause ? Puisque j’dis que j’vous connais !… C’est q’vous m’connaissez aussi… J’m’appelle Nick… Nick Richter ! Eh ben… Vous sauvez pas… Attendez… hi… hi… hips ! »
Le lendemain matin, un appel insolite vint troubler les pensées de Derwin. La voix de l’interlocuteur était rauque et chevrotante.
« Allo, commissaire Derwin ? Je connais l’identité de l’assassin que vous recherchez depuis toutes ces années. Je n’ai plus peur des ombres, je me suis enfin réveillé d’un long cauchemar et je peux maintenant vous en parler, car je sais qui se cache derrière le bourreau de Maidstone.
- Mais qui êtes-vous ? Je vous entends mal !
- Je m’appelle Nick. Nick Richter.
- Que pouvez-vous me dire sur lui ?
- Sur lui ? Il faut dire « elle » commissaire ! Derrière le masque du démon se cache le visage d’une femme. Elle s’appelle Véronique Gruge,r ou Grucher, je ne sais plus très bien. Cette femme était rattachée à l’hôpital psychiatrique de Wexford. J’étais un simple artisan en ébénisterie, lorsque dans la nuit du 18 septembre dernier, des hommes masqués ont fait irruption chez moi. Je n’ai pas eu la force de combattre et ils m’ont assommé. A mon réveil, j’étais dans une petite pièce capitonnée et une camisole de force m’empêchait de bouger. J’ai tout de suite réalisé que l’on m’avait enfermé chez les fous. Une femme en blouse blanche se présentant en tant que docteur, est venue à moi. J’avais beau lui dire que c’était une erreur, elle ne m’écoutait pas. Pendant mon séjour, je n’ai eu affaire qu’à elle. Insidieusement, la notion du temps qui s’écoulait me devenait étrangère. Elle m’obligeait à prendre un nombre conséquent de pilules qui m’affaiblissaient et me faisaient dormir énormément. Maintenant que ma mémoire revient peu à peu, je peux même vous dire qu’elle a pratiqué l’hypnose sur moi. Je pense que c’est à ce moment là que j’ai sombré dans la folie. J’ai commencé à avoir peur du noir, puis ce fut au tour des ombres.
- Des ombres ? reprit Derwin, sur un ton un peu dubitatif.
- Oui commissaire, des ombres. J’avais peur des ombres. Ces ombres qui épiaient tous mes gestes. Ces ombres aux contours grotesques et hideux me persécutaient et me suivaient. J’avais la sensation parfois qu’elles pouvaient me toucher et me faire mal. Un soir, cette femme et deux hommes m’ont emmené à l’extérieur de l’hôpital. Bien que je n’aie plus eu toute ma raison, j’ai senti qu’elle voulait se débarrasser de moi, je ne lui étais plus utile. Ces maudits cachets et l’hypnose m'avaient laissé dans un état quasi végétatif. Je suis monté dans la voiture, puis ensuite mes souvenirs sont flous. Pourtant, je me vois encore sauter en marche et échapper à mes tortionnaires. C’est tout. Je me suis réveillé le lendemain sous un pont, entouré de clochards qui, d’après ce qu’ils m’ont dit, m’avaient trouvé inanimé non loin de là. J’ai vécu pendant trois ans avec mes sauveurs, dormant sous les ponts des quartiers mal famés de Wexford, mendiant pour survivre. Les crises de paranoïa provoquées par les ombres ont commencé à s’estomper petit à petit. J’ai repris confiance en moi, et j’ai décidé de quitter cette ville pour m’installer là ou elle ne pourrait pas me retrouver. Et c’est comme ça que depuis un an je vis à Folkestone, c’est-à-dire à quelques kilomètres de Maidstone.
Lorsque la presse a parlé de ces meurtres en série, je n’ai pas fait le rapprochement tout de suite. Mais depuis ces deux derniers jours où l’on parle de l’assassinat de Jennifer Ghost, j’ai la certitude de l’avoir reconnue. C’était à l’exposition du peintre Paulo Valez. Oh… Bien sûr, elle n’a plus la même couleur de cheveux et sa coupe a changé, mais je reconnaîtrai entre mille les yeux de glace de ce démon. Retrouvez-moi au 134 Hills Street, au dernier étage porte face, je vous attends. »
- Ouais … Ok, on arrive. »

- Qui était-ce ?
- Oh ! Rose… Je ne vous ai pas entendue arriver.
- J’ai fait aussi vite que j’ai pu pour arriver, après votre appel à mon cabinet. Eroll ne devrait pas tarder non plus. Je vous écoute.
- C’est encore un de ces farfelus qui prétend avoir reconnu notre assassin. Un homme sain d’esprit comme je les aime, sauf qu’il a un petit problème.
- Ah, oui ? Lequel ?
- Il a peur des ombres… J’ai un témoin qui m’appelle pour me livrer le nom de l’assassin sur un plateau, mais il a peur des ombres…
Derwin partit dans un éclat de rire qui faillit l’étouffer.
- Et attendez, le plus drôle c’est qu’il prétend que l’assassin est une femme !
Un nouvel éclat de rire secoua Derwin.
Excusez-moi mais c’est trop drôle ! Bon, si je vous ai demandé de passer, c’est pour obtenir quelques informations. Quels sont les types de malades qui viennent vous voir ?
- Patients
- Pardon ?
- Ce ne sont pas des malades mais des patients, commissaire. En grande partie ce sont des femmes qui viennent après un divorce, un décès, ou la perte d’un emploi. Je les soigne en majeure partie pour des dépressions nerveuses.
- Oui, mais est-ce qu’il y a des détraqués ?
- Non, pas au sens où vous l’entendez. Etes-vous allé enquêter dans le milieu de la prostitution ? Il serait intéressant d’interroger les filles des maisons closes de la région.
- Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas, une intuition. Je me trompe peut-être, mais il est curieux que l’assassin s’en soit toujours pris à des jeunes femmes, mis à part ce pauvre curé. Puisqu’aucune n’a été violée, le meurtrier est peut-être impuissant et doit aller se défouler dans ces endroits. Au moins là, il sait qu’on ne se moquera pas de son absence de virilité.
- C’est une bonne idée ! Je vais envoyer le lieutenant Travers sur le coup. Ha ! Eroll, vous voilà enfin.
- J’ai repris le dossier de Jack Faller ainsi que les résultats d’autopsie des victimes confiés par le laboratoire chargé des affaires criminelles. Bien qu’elles n’aient eu aucun point commun entre elles, le médecin légiste avait constaté chez toutes ces jeunes femmes la faible présence dans les tissus d’un même calmant. Et ce qui était assez alarmant, c’est que ce produit administré en très grande quantité provoque chez certains sujets des hallucinations. J’ai demandé pourquoi il ne nous avait jamais informé de la présence de drogues légales dans le corps des victimes, et alors, tenez-vous bien, il affirme que les résultats complets de l’autopsie vous ont été remis !
- Mais je n‘ai jamais reçu un tel document !
- Oui, et c’est bien là le problème. L’assassin savait très bien que le laboratoire devait nous envoyer un compte rendu complet de l’autopsie, et ce précieux renseignement a disparu. J’ai échafaudé l’hypothèse que l’assassin travaille dans le laboratoire, ou bien si ce n’est pas le cas, sa qualification lui permet d’entrer et de circuler librement dans n’importe quel lieu de ce type, et d’avoir accès aux fichiers confidentiels en toute impunité. »
L’enquête avançait aux yeux de Derwin, mais moi je pensais qu’elle piétinait fortement, et je me demandais même si un jour on allait trouver le responsable de ces crimes odieux.
Deux jours s’étaient écoulés, lorsque le commissaire Derwin reçut un appel de la police de Folkestone.
« Commissaire Derwin, je suis le lieutenant Harrisson, je tenais à vous informer d’un suicide qui a eu lieu dans mon district. Nous avons retrouvé sur le bureau du défunt, une lettre qui vous est adressée.
C’est la gardienne de l’immeuble qui nous a appelés. La mort remonte à hier soir aux alentours de 19 heures. C’était un homme, qui s’appelait Nick Richter.
- Ne touchez à rien ! J’arrive immédiatement. »
Furieux de ne pas avoir pris au sérieux l’appel qu’il avait reçu, Derwin raccrocha violemment le combiné.
« Miller ? C’est Derwin. Envoyez deux de vos hommes de toute urgence à l’hôpital de Wexford et faites des recherches sur une certaine Véronique Gruger, ou Grucher. Elle y aurait exercé en tant que médecin, ou peut-être autre chose. Je veux tout savoir sur elle : photos, adresse, les patients qu’elle a soignés… Faites-moi aussi un rapport détaillé sur les entretiens psychologiques qu’elle a eus avant de travailler à l’hôpital. Nous allons au domicile de Nick Richter, ce serait la seule personne à ce jour qui ait reconnu l’assassin. »
Puis il m’appela pour me prévenir qu’il me rejoignait au journal.

1 heure plus tard sur le lieu du drame

« Eroll, je vous présente l’inspecteur Miller. Miller, nous vous écoutons.
- Voici la lettre que l’on a retrouvée près du corps. »
Derwin la lut à haute voix.
« Après vous avoir téléphoné, j’ai reçu un appel. Les ombres m’ont contacté et m’ont invité à rejoindre leur royaume... »
Derwin s’arrêta un instant de lire :
« Mais qu’est-ce qu’il écrit mal !» Il poursuivit :
« ... Avant de partir définitivement, je voulais vous confier un secret, mon secret, que je porte depuis toutes ces années. C’est moi qui ai tué toutes ces salopes à Maidstone. Elles ont toutes refusé mes avances ces petites garces, alors je les ai bai.. mais à ma manière. J’ai un regret pour le curé, mais un soir il m’a surpris alors que j’entrais dans l’appartement de la dernière. Les ombres m’ont poussé à commettre des actes dont je n’avais pas conscience. Vous voyez commissaire, on ne peut pas lutter contre les ombres, elles sont plus fortes que tout. Elles nous dominent un peu plus chaque jour. »
« Déposez-moi au journal, je vais rédiger mon article.
- Non ! Surtout pas ! Je compte sur votre discrétion pour ne pas ébruiter cet événement. J’ai un drôle de pressentiment, une sorte d’intuition qui me fait dire que rien n’est terminé, mais que bien au contraire tout recommence comme auparavant. Passez à mon bureau cet après-midi, nous ferons le point. »

Le même jour, 14 heures

« Commissaire ! L’assassin m’a appelé au journal ! Je suis passé prendre Rose à notre domicile et j’ai mis notre bébé en sécurité chez une voisine. J’ai toujours sur mon bureau un petit magnétophone, et j’ai pu l’enregistrer. La voix est fortement masquée, comme truquée, écoutez. »
« ...Tu as une très belle femme Eroll. La robe rouge qu’elle portait ce matin en faisant les courses lui va si bien. Ton bébé a grandi aussi.
- Mais qui êtes vous ?
- C’est à toi de le découvrir car tu es plus malin que ce pauvre Derwin. Disons que je suis une ombre qui veille sur toi. »
C’était la consternation au commissariat. Rose s’effondra en larmes. Je fus le premier à prendre la parole.
« Commissaire, ce dingue me connaît, il connaît ma femme et mon bébé. Je veux une surveillance 24 heures sur 24 pour ma famille ! Repassez la bande. Il y a un bruit derrière la voix, c’est un bruit mat qui se produit à intervalles réguliers. Pouvez-vous l’isoler et l’analyser ?
- Je la passe aux services spécialisés immédiatement. Bon, en attendant nous allons vous mettre sur écoutes. Au fait, à quelle heure avez-vous reçu cet appel ?
- Je ne sais plus... Attendez... A midi ! »
Au moment où les deux hommes et Rose s’apprêtaient à partir, la voix de Miller résonna dans le commissariat.
« Commissaire ! J’ai une nouvelle qui devrait vous intéresser : la suspecte s’appelle Véronique Gruger et ne travaille plus depuis deux ans à l’hôpital de Wexford. Les rares infirmières qui l’ont connue à cette époque prétendent qu’elle a été licenciée, mais on ne retrouve pas son dossier, et le directeur qui était en fonctions à cette époque est mort d’une crise cardiaque à la même période.
De plus, il faudra examiner avec beaucoup de précautions le portrait robot que le dessinateur tente de dessiner, car les rares employées à se rappeler d’elle se contredisent les unes les autres, notamment au niveau de la taille et de la couleur des yeux.
La police de Folkestone a fait analyser la lettre de Nick Richter et voilà ce qu’il en ressort. Ecoutez, c’est étonnant. Selon le résultat des graphologues, l’analyse de l’écriture tend à démontrer que cette lettre a été écrite par un droitier, or les experts sont formels, et affirment que cette lettre a été écrite de la main gauche. La balle a été tirée en direction de la tempe gauche et en est ressortie par la tempe droite.
- Euh… Oui, et alors ? répondit Derwin, déconcerté.
- Eh bien, il y a un détail insolite : le stylo qui a servi à écrire la lettre se trouvait à la droite du mort.
- Et alors ? Je ne comprends pas bien où vous voulez en venir.
- Je pense, commissaire, que Nick ne s’est pas suicidé, mais que c’est plutôt sous la menace qu’il a écrit cette lettre, et qu’il savait pendant qu’il l’écrivait qu’il signait son propre arrêt de mort. Faisons une petite expérience, vous allez mieux comprendre. Vous êtes droitier ?
- Oui.
- Faites un effort, et écrivez une phrase avec votre main gauche. Vous remarquez que votre écriture n’est pas très lisible ? Tout comme vous avez souligné que celle de Richter ne l’était pas lorsque vous avez lu sa lettre. Bien, posez le stylo, et faites le geste de pointer un pistolet sur votre tempe gauche. Stop ! Ne bougez plus. Regardez où vous avez posé votre stylo.
- A gauche, bien entendu.
- Eh oui, commissaire, à gauche et non pas à droite. Nick se doutait bien que l’assassin ne pouvait pas savoir s’il était droitier ou gaucher, alors il a volontairement écrit de la main gauche, puis il a posé son stylo à sa droite, pour que l’on découvre ce petit détail. Par cette simple anomalie, il voulait signifier à la police qu’il écrivait cette lettre sous la menace. Ce qui tend à démontrer que la victime ne s’est pas suicidée, mais a bien été assassinée. Et ce n’est pas tout : le laboratoire a trouvé dans son estomac la trace du même médicament que celui qui a été découvert chez les autres victimes.»

Dimanche matin, 7 heures

« Eroll, c’est Derwin. Miller vient de me remettre le portrait robot de Véronique Gruger. Passez me voir, j’aimerais m’en entretenir avec vous. Rose et le bébé sont avec vous ?
- Rose est à la maison et notre bébé est toujours chez la voisine. Merci d’avoir mis un policier à son domicile. »

Au commissariat

« Oh ! Ca n’a pas l’air d’aller, commissaire… Vous êtes décomposé !
- Si, si Eroll, ça va… Juste un peu fatigué. Attendez-moi là, je dois passer un coup de fil pour confirmer une hypothèse. Je vous amène de suite le portrait robot. »
Derwin s’enferma dans la pièce d’à côté. J’étais très excité à l’idée de découvrir le visage de l’assassin. L’appel était plus long que je ne le pensais, et cela éveilla ma curiosité de journaliste. Je décidai de coller mon oreille à sa porte. La voix était étouffée mais je comprenais que Derwin parlait à l’assassin.
« ... Vous voyez que je ne suis pas aussi stupide que vous le prétendiez. J’ai fait mes recherches sur une psychiatre qui a professé il y a 7 ans maintenant à Wexford, et qui a soigné ses patients de manière très particulière.
Un détail nous avait échappé dans l’enquête, il y a deux ans. Toutes les femmes assassinées étaient célibataires. Alors je me suis penché sur ce détail. Elles étaient célibataires et n’avaient ni ami, ni famille, pour la simple raison que leur passé avait été effacé de leur mémoire. Vous avez pratiqué sur ces pauvres innocentes toutes sortes d’expériences pour étancher votre soif de savoir sur la manipulation du psychisme. Vous avez pratiqué sur elles l’hypnose. Vous avez joué avec leur conscience. Plus tard, vous avez continué à les suivre à votre cabinet, et c’est là que les ennuis ont commencé. Les patients ont retrouvé leur mémoire et ont semblé vous reconnaître. Tout a alors basculé, vous avez pris peur et il vous a fallu trouver un moyen de vous en débarrasser. Vous avez alors inventé un scénario machiavélique autour de la vie de Berlioz, qui a servi de support à tous ces meurtres. Ils étaient encore sous hypnose, et vous les avez persuadés de travailler dans un secteur bien précis pour peaufiner dans les moindres détails votre machination diabolique. Ce scénario mettra la police sur la piste d’un dément. Et qui était mieux placé que vous pour leur prescrire des calmants ? Qui était mieux placé que vous pour faire disparaître le compte rendu des autopsies ? Vous avez commis une petite erreur en appelant Eroll et en truquant votre voix. Nous avons isolé le bruit qui se répétait à intervalles de temps réguliers, et nos services l’ont analysé. Ce n’était pas facile tant vous aviez pris soin de protéger l’écouteur des bruits environnants, mais nous avons découvert que ce son provenait de la cloche de l’église située en face de chez vous. Comme il ne se trouve pas de cabine téléphonique à cet endroit, nos recherches ont été facilitées. »
Mon sang se glaça, car j’habite moi aussi à proximité de l’église. J’étais bouleversé à l’idée de savoir que la meurtrière ait pu être l’une de nos voisines. Je fis irruption dans le bureau. Derwin raccrocha.
« Mais qu’allez vous faire, maintenant que vous l’avez appelée ? Maintenant elle va s’enfuir ! »
En évitant mon regard, Derwin me répondit :
« Ne vous inquiétez pas, mes hommes étaient postés au bas de chez elle bien avant mon appel. Mais passons dans le bureau d’à côté, j’ai deux ou trois choses à vous dire. »
A ce moment, Miller appela Derwin.
« Excusez-moi, je reviens tout de suite. » me dit-il.
Tandis que Derwin était occupé avec Miller, j’en profitai pour taper sur la touche bis du téléphone pour avoir le numéro de l’assassin, et obtenir ainsi une interview exclusive. Mon cœur battait très fort, et ma bouche était sèche. Je découvris au même instant le portrait robot posé sur le bureau. Un sentiment de déjà vu m’envahit sans que je me l’explique. Mes pensées furent interrompues lorsque...
« Allo, je m’appelle Eroll du Maidstone News et je... Oh ! Rose… Pardon, j’ai tapé la touche bis du téléph... Rose ? ! ! ! Oh mon dieu ! »

 
 
    

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